Déviation Sud-Ouest, intervention de Timour VEYRI au Conseil municipal d’Evreux

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20 avril 2021

Déviation Sud-Ouest, intervention de Timour VEYRI au Conseil municipal d’Evreux

Mesdames et Messieurs les conseillers municipaux, mes chers collègues,

Vous l'avez dit, notre Conseil municipal de ce soir se tient à un moment particulier de notre vie locale. Encore durement frappés par la crise du Covid, les inquiétudes aussi bien en matière de santé, de travail, de santé psychologique pour nos proches sont là nous savons toutes et tous ici que les esprits doivent aujourd'hui tout entier être tournés vers nos concitoyens en difficultés.

Pour cela, nous pensons qu'il est important de préserver ce qui fait l'unité des Ébroïciens dans la période particulière qui est la nôtre. Pour cette raison, nous pensons essentiel d'éviter les polémiques inutiles. Pour cette raison : nous sommes guidé par une seule boussole, rappeler ce qui nous rassemble et repousser ce qui nous divise.

C'est pourquoi, nous sommes persuadé que le dossier qui nous est présenté ce soir doit permettre de dépasser les divisions que nous avons pu lire dans la presse pour montrer qu'une unité des Ébroïciens autour de ce projet est possible. À la condition de redéfinir son utilité, à la condition de repenser son économie générale : nous pouvons y arriver.

Pour cela, je crois d'abord qu'il faut sortir des caricatures. Il n'y a pas, les Ébroïciens proches des milieux patronaux et de votre majorité, avides de bétonner notre forêt et insouciants de l'impact négatif pour l'environnement dans son dimensionnement actuel et de l'autre, des militants écologistes qui seraient de véritables Amish plus soucieux de protéger les 12 espèces de chauves-souris présentes dans la cavité de Potier, ou les lézards des souches ou la couleuvres à collier, dont l'habitat est malheureusement directement menacées par le projet de 2x2 voies- que des besoins des habitants. Au contraire : avec Évreux Ensemble, nous constatons qu'une ligne de crête existe, qui doit être explorée.

Ce soir, notre Conseil municipal est uniquement sollicité pour donner son avis sur le projet de réalisation de l'aménagement de la déviation sud-ouest, section cambolle Les Fayaux. C'est d'abord une bonne chose qu'on ne passe pas 80, 85 ou 90 délibérations dans la même soirée alors que nous est présentée celle-ci, qui nécessite de donner du temps au temps. J'aimerais donc que ce Conseil municipal inaugure une réflexion sur la place que nous laissons au débat dans notre enceinte démocratique. Je crois également important de rappeler qu'il ne s'agit pas à l'occasion de notre vote de consacrer une décision normative. Ce soir, nous ne créons pas du droit. Autrement dit : ce Conseil municipal n'est pas « décisionnel ». Suite à la Consultation publique, notre collectivité est simplement interrogée sur son intention. Une fois les avis de toutes les collectivités collectées, les commissaires enquêteur rendront donc leur avis. Nous ne sommes donc que dans une étape qui doit permettre, nous l'espérons, de sortir par le haut de la situation actuelle.

Avant d'aller plus loin, permettez-moi aussi de saluer le travail très important des services sur ce dossier. Si le cadre de réflexion fixé par les collectivités territoriales peut être remis en cause, je crois qu'on ne peut que constater la volonté de ceux-ci, dans ce cadre, de préserver au maximum les grands équilibres notamment écologiques.

Je parlais tout à l'heure de ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise.

Le premier point qui nous réunit tous, c'est l'exaspération. C'est la volonté maintenant d'aller vite. C'est le souhait de sortir de l'ornière. C'est la phrase que nous avons tous entendu autour de nous : "On ne peut pas rester tel que c'est là actuellement".

Le second point qui réunit tous les Ébroïciens, c'est la nécessité d'une meilleure desserte. C'est une évidence : celle-ci est reconnue par tout le monde. J'ai échangé avec les acteurs des milieux économiques comme avec les défenseurs de l'environnement. C'est un point commun important et je crois qu'il faut partir de là. Les activités sont effectivement concentrées sur les parties Nord, Est et Sud de l'agglomération, alors que les principales zones résidentielles pour les salariés sont à l'Ouest d'Évreux. Effectivement, les contraintes d'inconstructibilité autour de la Base aérienne 105 ont limité la résidentialisation de l'Est d'Évreux et ceci engendre des flux importants au sein de l'agglomération. En ce sens, la poursuite d'une meilleure desserte est largement demandée notamment pour les déplacements domicile-travail et éviter les embouteillages à Évreux. Chacun ici sait les nuisances que subissent, notamment, les riverains de l'avenue Foch. Il faut donc partir de là.

L'autre point qui n'est pas contestable, c'est qu'à ce jour, le projet tel qu'il est présenté pose un certain nombre de difficultés fortes. La première difficulté est d'ordre écologique (i). La seconde, concerne directement les habitants de l'agglomération et la dégradation des conditions de vie que le projet actuel est susceptible d'engendrer (ii).

i) S'agissant du premier point, j'image que nous entendrons tout à l'heure Nicolas Gavard-Gongallud. Ils sont encourageants sur la volonté des acteurs de faire au mieux que par le passé même si c'est loin d'être satisfaisant, notamment pour la biodiversité, mais ils répondent de façon très incomplète, et c'est bien la difficulté, aux grands enjeux environnementaux de ce projet.


Ces enjeux, quelques sont-ils ? Laissez-moi les rappeler brièvement les 4 enjeux principaux :
A- la préservation des continuités écologiques et des habitats naturels
B- la bonne prise en compte du paysage et des nuisances sonores
C- la préservation de la qualité des eaux, notamment pour l'alimentation en eau potable,
D- la maîtrise des polluants de l'air et des émissions de gaz à effet de serre.



A- la préservation des continuités écologiques

Le projet supprime 20,6 ha d'espaces boisés.

Pour tous les ébroïciens, qui, comme moi, sont fiers de notre magnifique forêt nourricière, et qui aiment à se promener en forêt le dimanche, c'est un véritable crève-cœur.

En compensation, des boisements sont prévus sur trois sites : près de la Queue d'Hirondelle (La Grande Pièce, environ 20 ha), sur le secteur de Cambolle (entre 10 et 12 ha) et au sein de la base aérienne (aéroport militaire d'Évreux-Fauville, entre 20 et 25 ha).

Il nous faudra, collectivement, faire preuve de la plus grande vigilance pour vérifier la réalité de ces reboisements.



B- la bonne prise en compte du paysage

Le projet de déviation va générer une fracture dans le paysage, du fait des défrichements, des déblais et remblais, mais aussi des ouvrages d'art nécessaires.

De façon à mieux intégrer le projet dans le paysage, plusieurs principes ont été retenus tels que l'adoucissement des pentes de talus accompagné ou non de plantations en milieu ouvert (vallée de la Queue d'Hirondelle en particulier), ou la création d'écrans végétaux denses implantés le long de l'ouvrage afin de masquer la route pour les vues directes depuis l'habitat (mesure associée ponctuellement à des merlons acoustiques afin d'atténuer les nuisances sonores pour les riverains).

Par ailleurs, 7 écrans de protection totalisant un linéaire de l'ordre de 4 400 m sont prévus pour permettre de ramener l'exposition sonore en deçà des seuils réglementaires. Le déplacement de 50 m de la déviation de Parville est présenté comme une mesure d'évitement pour les habitations voisines alors qu'il s'agit en fait d'une mesure de réduction des nuisances sonores – qui va par ailleurs rapprocher l'infrastructure routière du Centre hospitalier de Navarre.

Ces principes, et ces mesures ne sont pas suffisantes. Ce point sur le paysage et les nuisances sonores n'est pas accessoire : le paysage, c'est notre patrimoine commun, c'est notre histoire et nos racines mais c'est aussi la façon de rendre notre agglomération attractive, et à moyen terme de développer notre Territoire.



C- la préservation de la qualité des eaux, notamment pour l'alimentation en eau potable et la maîtrise des polluants de l'air et des émissions de gaz à effet de serre.

Sur ces sujets, tout a déjà été dit et je n'y reviendrai pas si ce n'est pour rappeler ici que l'avis de l'autorité environnementale recommande de produire une étude dite de niveau I, afin notamment d'évaluer les risques pour les habitants et les riverains. A ce jour, malheureusement, aucune étude n'a été produite et nous devons tous, collectivement nous en inquiéter.

(ii) En second point, au-delà des difficultés pour l'environnement, ce projet est disproportionné par ce que le monde a changé et qu'il emporte maintenant, avec lui, un certain nombre de risque pour les habitants de l'agglomération eux-mêmes.


Le premier point : c'est que ce dossier doit être actualisé.

On le sait, il s'agit d'un projet d'un autre âge. Issue des années 60, quand on pensait qu'en l'an 2000 Évreux serait une ville de 100 000 habitants, celui-ci ne s'appuie plus sur les flux réels d'Évreux depuis bien longtemps. Rappelons également que lors de la Déclaration d'Utilité publique de 1999, le projet s'inscrivait dans le cadre de la voie express Paris-Caen à 2X2 voies. Mais en 2005, le projet est abandonné par l'État. C'est le même projet qu'on retrouve aujourd'hui sous une autre dénomination, celle de la déviation sud-ouest mais depuis les premières études en 1943, soyons sérieux, chacun peut comprendre que la situation a changé ! Or, le projet actuel est façonné pour les caractéristiques d'une 2X2 voies, c'est-à-dire pour 70 000 véhicules par jour et une vitesse en moyenne de 110km/h.

Par ailleurs, j'insiste à nouveau sur le fait que ce projet de déviation ne concerne pas en premier chef les habitants de l'agglomération. Le dossier de l'enquête publique rappelle ce fait : sur les 35.000 véhicules qui devraient emprunter la déviation, seul 9000 concernent des déplacement au sein de l'agglomération.


Le second point : c'est que les communes aux alentours ont bougé.

Je vous rappelle que - en plus d'Évreux -, 5 communes sont concernées et traversées par ces 7.3km de déviation : Angerville-la-Campagne, Arnières-sur-Iton, Guichainville, Parville, Saint-Sébastien-de-Morsent.

Ces 5 communes ont bougé, et, si elles peuvent trouver aujourd'hui un certain intérêt à ce projet de déviation pour leurs habitants, elles émettent aussi de nombreuses réserves sur sa réalisation et elles demandent des précautions ou des aménagements. J'ai lu avec intérêt les délibérations de leur conseils municipaux, et leur compte rendu dans la presse, et j'ai discuté avec leurs habitants. En résumé, ils craignent, comme nous, un projet porteur de nombreuses nuisances, et au global surdimensionné.

Tout d'abord, comme le rappelle l'avis de l'autorité environnementale, ces communes sont d'abord préoccupées par l'impact du trafic sur la santé de leurs habitants : la baisse anticipé du trafic dans l'aire urbaine d'Évreux va se traduire mécaniquement par une hausse dans les zones traversées par la déviation. Des dépassements des valeurs limites réglementaires sont anticipés sur le dioxyde d'azote ainsi que des dépassements de la valeur guide de l'OMS sur les PM10. Aucune mesure de réduction n'est toutefois prévue.

Au-delà de cet impact environnemental, les communes proposent des aménagements concertés pour améliorer le projet.


A Arnières-sur-Iton, par exemple, la question d'un cheminement doux est particulièrement sensible. Le tracé de la déviation longe au sud la zone industrielle de la Madeleine et reprend l'emprise, qu'il élargit, de l'actuel Chemin Potier pour traverser la Forêt d'Évreux. Mais les habitants d'Arnières souhaitent conserver un cheminement doux en parallèle de ce tracé pour les relier à Evreux.

A Saint-Sébastien-de-Morsent, les gens sont préoccupés par l'éloignement d'Évreux que va provoquer la déviation. Un monsieur m'a dit ce dimanche, je le cite « avec le projet actuel, depuis Saint-sé, ça va être plus facile d'aller chez Carrefour, mais comment je vais faire pour aller à l'hôpital ? ». Ce monsieur a raison. Le chiffre a peu été repris, et il peut sembler paradoxal, mais le projet induit bien une hausse de 13% des distances parcourues comme le rappelle l'avis de l'autorité environnementale du 02/12/2020. Cette déviation ne va pas rapprocher nos communes périphérique du centre-ville d'Évreux, elle risque au contraire les éloigner.

Toutes ces communes sont également inquiète du maintien à 110km/H qui va, mécaniquement, entrainer plus d'accident de voiture qu'une limitation à 80 ou 90km/h comme le montre toutes les études nationales menée par La Délégation à la Sécurité routière du Ministère de l'Intérieur avec laquelle j'ai travaillé place Beauvau.

Pour toutes ces raisons, il faut imaginer ensemble une voie moyenne qui nous permettrait de solutionner les difficultés des habitants tout en préservant l'environnement et en améliorant l'urbanisme et le lien entre nos communes.


Alors, comment faire ? Nous pensons qu'il faut se poser une seule question : « A quelle condition le projet sera-t-il une réussite ? ». Nous pensons qu'il ne peut être réussi que si 3 conditions sont réunies :
a) préserver le cadre de vie / éviter nuisances sonores
b) limiter pollution de l'eau et paysager (ex: queue d'hirondelle)
c) recoudre le tissu urbain coupé par la déviation et maintenir continuité cyclable et mode doux



Notre proposition sur ce vote, très concrètement, sera un OUI MAIS.

Oui à un projet de déviation, mais avec un certain nombre d'aménagements concrets pour améliorer son impact environnemental et sociétal.

- La réduisant à 2X1 voie, qui permette de réaliser des ronds-points pour que les habitants de Saint Sébastien et Asnières puissent accéder plus facilement à l'hôpital, et au centre-ville d'Évreux.
- Limitation à 80km - la différence de temps pour parcourir 7.3km entre 110km et 80km/h est de 1minutes et 20 secondes.
- Réalisation d'un échangeur complet au croisement de la RD 830 : aller et venir de Parville & aller et venir de la Madeleine.
- Pérennisation des cheminements doux, piétons et cyclistes actuels.
- Amélioration de la desserte TRANSURBAIN.
- Prise en compte de l'impact sonore pour les résidences les plus proches de ce nouvel équipement.
- Gestion des eaux de ruissellement communales dans le cadre de l'aménagement futur.
- Amélioration de la continuité environnementale du projet (en pratique : permettre aux animaux de passer d'un côté à l'autre de la route)